Au 104, c’est un membre du FN qui s’occupe de la sécurité

Chaque lundi, Le Gavroche sélectionne un article coup de coeur qu’il a vu sur le Web et vous propose de le lire et d’en débattre. Cette semaine c’est un article de Rue 89 qui a attiré notre attention : Au 104, c’est un membre du FN qui s’occupe de la sécurité, par Antoine Bouthier.

Comme dans le nouveau lieu culturel parisien, les sociétés de sécurité entretiennent souvent des liens étroits avec l’extrême droite.

Le 104, lieu parisien phare de la politique culturelle de Bertrand Delanoë, vient d’allouer un budget de 800 000 euros annuels à une entreprise de sécurité privée, dont le dirigeant, Axel Loustau, est membre du Front national. L’affaire a provoqué une polémique.

Axel Loustau est un ancien membre du Groupe union défense (GUD), une organisation d’extrême droite connue pour ses méthodes violentes. Beaucoup des signataires du manifeste de l’organisation, « Les Rats maudits », sont toujours copains et détiennent ou travaillent pour des entreprises de sécurité.

Candidat aux législatives en 1997 pour le Front national dans les Hauts-de-Seine, Axel Loustau a encore fait parler de lui cette année en crachant et en proférant des menaces sur des journalistes du Monde lors d’une manifestation ultra-nationaliste le 9 mai 2010.

Les Verts au conseil de Paris ont affiché leur réprobation lorsque sa société, Vendôme Sécurité, a remporté l’appel d’offre du 104 le 29 juin.

Le 22 juillet, le collectif de « mal-logés en colère » est venu au 104 protester contre la décision.

« Mon casier est vierge, je ne vois pas où est le problème »

Axel Loustau, contacté par Rue89, désamorce tout de suite la polémique :

« Mon casier est vierge, je ne vois pas où est le problème. Tout le monde a le droit d’avoir des opinions. Cette campagne de discrimination me dépasse. Il y a eu un appel d’offres, on avait la meilleure proposition. Le reste, c’est de la littérature. »

En effet, sur les sept sociétés s’étant portées candidates, la commission d’appel d’offres a donné la meilleure note à Vendôme Sécurité. La société, basée dans le XVIe arrondissement de Paris et employant 150 personnes, surveille également les locaux d’Europe 1.

En 2009, Le Canard enchaîné décrivait le personnel de l’entreprise, « une trentaine de crânes rasés », alors chargés de la sécurité d’un colloque à l’Ecole militaire où était présent Nicolas Sarkozy.

Axel Loustau dément : « Nous ne sommes pas une boîte de gros bras, il s’agissait d’un sous-traitant kabyle. »

Xavier Renou, auteur de « La Privatisation de la violence », un ouvrage qui traite notamment des liens entre l’extrême droite et la sécurité privée, explique :

« Il existe une proximité idéologique peu surprenante entre les deux milieux, une logique d’ordre et de mercenariat. Cela remonte aux années 70, lorsque la sécurité s’est professionnalisée au moment où le FN montait en puissance. »

Une descente musclée dans une laiterie occupée par des grévistes

Justement, le père d’Axel Loustau, Fernand, ancien actionnaire de « National Hebdo », a créé la société de gardiennage Normandy SA en 1977. En 1982, elle se fait connaître lors d’une descente musclée à la laiterie Claudel d’Isigny, alors occupée par les grévistes. Fernand Loustau écopera de trois mois de prison avec sursis.

Après sa mort en 1993, c’est son son fils Philippe qui a repris le flambeau. Certains salariés passés de Normandy SA à Vendôme Sécurité n’hésitent pas à afficher leurs tatouages néo-nazis sur Internet.

Autre société qui a fait parler d’elle : Ambassy Sécurité, qui n’existe plus aujourd’hui, était gérée par Gilles Sereau, connu depuis 1977 pour ses activités d’extrême droite. Il fonde également avec Gilles Soulas la maison d’édition SEDE et la librairie de propagande néonazie l’Æncre.

Le rapport de la commission d’enquête chargé de la dissolution du Département protection sécurité (DPS), le service d’ordre controversé du FN, évoque clairement les liens avec Ambassy Sécurité :

« Ambassy a fourni des hommes de main, mercenaires ou militants du GUD, au DPS en période électorale. »

« Briser des grèves, faire de la provoc en banlieue »

Il existe deux sortes de militants au GUD, explique Xavier Renou :

  • Ceux qui ont réussi à monter des sociétés de mercenariat, mais aussi de communication, de gestion de patrimoine douteuses, ou qui deviennent cadres de partis politiques
  • Les « gros bras », moins éduqués, qui sont employés dans ces sociétés

Il poursuit :

« Ces milices ne font pas que de la sécurité, elles ont souvent servi à faire de l’espionnage, à briser des grèves, ou à faire de la provocation en banlieue pour l’instrumentaliser politiquement. »

Difficiles à tracer, ces entreprises, souvent de petite taille, se font et se défont. La dégringolade du FN a fait perdre leur ancrage à de nombreuses sociétés mais leurs racines politiques perdurent, comme pour Vendôme Sécurité, la société d’Axel Loustau.

Photo : sous la verrière du 104, à Paris (Gaël Chardon/Flickr)

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