Zoom sur…KOSOVO: Indépendance et stratégies cachées… (1/2)

Le 22 Juillet dernier, la Cour Internationale de Justice (CIJ) rendait sa décision face à la légalité de la déclaration d’indépendance du Kosovo. Ainsi, tous les quotidiens occidentaux titraient par exemple, « l’indépendance du Kosovo ne viole pas le droit international » (Le Monde). Voici en réalité ce qu’indiquait le président de la CIJ : la CIJ « n’est pas tenue […] de prendre parti sur le point de savoir si le droit international conférait au Kosovo un droit positif de déclarer unilatéralement son indépendance » et « la Cour n’est pas chargée de dire si le Kosovo a accédé à la qualité d’Etat ». Bref, un arrêt de plus qui ne dit rien mais sert les Etats-Unis et l’Europe a faire croire que l’indépendance est valable et légale.

La Constitution du Kosovo adoptée l’été dernier n’a pas choqué beaucoup de monde. C’est un acte fondamental visant à constituer un nouvel Etat. Sa rédaction fut, selon le chef militaire français présent dans la province, « hautement supervisée » (par l’OTAN et l’UE) . Ce premier point pose un problème. Est-il en adéquation avec la définition de Rousseau: « la Constitution est un acte fondamental qu’un peuple libre se donne » (surtout lorsqu’il est occupé militairement)?

Le Kosovo, région des Balkans, grande comme deux départements français pose plusieurs autres problèmes. Son indépendance a suscité beaucoup d’enthousiasme en février 2008, garantissant la liberté à l’autodétermination des peuples. Pourtant est-elle réellement légale au regard du droit international? A qui profite réellement la création de ces micro-états ex-Yougoslaves?

AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL…

Après de violents combats ayant opposés l’Armée Serbe aux séparatistes Albanais à la fin des années 90, la résolution 1224 des Nations Unies établit un statut provisoire particulier au Kosovo. Elle est administrée par l’ONU et l’OTAN. Cette résolution dispose que le Kosovo fait partie intégrante de la République de Serbie. Elle indique aussi que pour l’annuler, les pays l’ayant acceptée et signée doivent de façon unanime l’annuler.

Or, cela n’a pas été réalisé! La Serbie ou encore la Russie refusent l’annulation. Par conséquent, la résolution garantissant l’intégrité du territoire serbe reste en vigueur. L’indépendance auto-proclamée par le Parlement Kosovar est donc nulle et non avenue, au regard du droit international. Ainsi, le Kosovo ne fait pas parti de l’ONU, car il n’est pas reconnu par l’ensemble des états du monde et encore moins par l’ensemble des états de l’UE.

Au niveau juridique, cette constitution viole celle de la Serbie qui indique que Kosovo est une province autonome faisant partie de la République de Serbie.

Enfin, on ne peut au regard du droit international, imposer par la force, le changement des frontières. Dans les faits, les pays de l’OTAN, ayant reconnu le nouvel Etat, ont bombardé intensivement durant trois mois, jours et nuits, la Serbie, en 1999.

Au final, on peut constater que le Kosovo et l’histoire tragique de la Yougoslavie, en général, n’est pas un cas « unique », fermé, isolé comme pourraient le prétendre Bernard Kouchner ou d’autres néo-conservateurs américains.

Il y a un danger réel à l’échelle planétaire quant à la multiplication d’états « ethniquement purs », comme le Kosovo qui est peuplé à plus de 95% d’Albanais. En effet, au moins la moitié des états du monde sont peuplés par différents peuples, différentes catégories religieuses. Et n’importe qu’elle personne censée reconnaîtrait que cela est un enrichissement culturel, grâce aux brassage des cultures. La Yougoslavie socialiste était de ce point de vue très riche et même économiquement plus riche que tous ces nouveaux micro-états réunis. Alors à qui profite cette indépendance?

GUERRES YOUGOSLAVES: STRATEGIES ET BUSINESS

La Yougoslavie était le seul Etat socialiste réellement indépendant de l’URSS, en Europe. Après la chute du mur de Berlin, le pays n’avait plus aucuns sens dans un monde libéralisé et sa soumission à la mondialisation économique paraissait indispensable à l’époque. En effet, le système productif du pays était l’autogestion. Ce mode est incompatible à la logique capitaliste des multinationales. Par conséquent, l’éclatement de la Yougoslavie profite à nombre de pays occidentaux qui investissent aujourd’hui.

Il est aujourd’hui prouvé que certains pays ont aidé, poussé, financé certains groupes nationalistes et séparatistes afin de profiter de l’éclatement de la Yougoslavie. A cet égard, les nationalistes de Tudjman (Croatie) ou encore l’Armée séparatiste Albanaise (UCK) ont été aidés par les Etats-Unis et l’Allemagne (et même le Vatican!), qui ont été, par ailleurs, les premiers Etats à reconnaître l’indépendance de la Croatie, de la Bosnie-Herzégovine ou encore du Kosovo. Le but était d’affaiblir l’allié russe, la Serbie, diviser la Yougoslavie pour mieux régner.

Les Balkans ont toujours été un espace d’affrontements des grandes puissances. La Première Guerre Mondiale fut d’ailleurs déclenchée au sein cette région. Mais aujourd’hui ce combat est renforcé par la conquête de nouveaux marchés juteux. Les privatisations se multiplient, les multinationales affluent. La situation sociale est catastrophique. Par exemple, dans une Serbie FMIsée, le chômage atteint les 18,8%, les overdoses et les suicides n’ont jamais été aussi courants.

Selon l’émission de France 5 en l’an 2000 « Arrêt sur image », on pouvait apprendre que les puissances occidentales se sont ruées sur le Kosovo, « Huit mois après la fin de la guerre, la bataille des parts de marché a commencé ». Claude Jaclo, ingénieur français en telecom explique que le marché des Télécoms (portable seulement) au Kosovo est colossal. Il était estimé, avant la guerre, entre 400 millions et 1 milliard de Deutsch Marks.

Ainsi, dans une des régions les plus pauvres d’Europe, on observe que Telecom Monte-Carlo affichant un des tarifs les plus chers du continent était un des premiers présents, profitant de la misère d’après- guerre.

Toujours selon cette émission, « le Kosovo d’après-guerre est aujourd’hui un Eldorado pour les entreprises. Pour les entreprises de la planète, être au Kosovo, c’est pénétrer l’antichambre de la Serbie » . Et, il est vrai aujourd’hui en Serbie, que de grandes multinationales investissent énormément, rachètent des usines à prix très faibles pour importer la technologie et licencient un maximum de salariés, pour plus toujours plus de profits. Par exemple, US Steel a racheté pour une croûte de pain la plus grande usine sidérurgique des Balkans, à Smederevo, en Serbie.

Au final, la conquête des parts de marchés et la stratégie militaire vont de pairs. Ainsi, les USA ont construit au Kosovo une des plus grandes bases militaires d’Europe. Ceci afin de « maintenir la paix » mais surtout de protéger les intérêts américains. Proche du Caucase, proche de la mer Adriatique et surtout proche de la Russie (visant son encerclement à longs termes), cette base est indispensable. Mais il est intéressant de se demander comment les opinions publiques occidentales ont pu accepter toutes ces stratégies?

Andréa KOTARAC, Etudiant en droit à Lyon II et conseiller national PG

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