Comment détruire le service public d’enseignement supérieur ? Les nouveaux outils de la dérégulation universitaire

La dérégulation universitaire est de plus en plus manifeste aujourd’hui : on ne cesse de nous parler de « classements » des universités, d’universités « prestigieuses » ou « attractives » et d’un « retard des universités françaises ». Ces arguments, tous faux, sont un prétexte pour faire triompher un système ultra-libéral anglo-saxon et pour détruire le service public d’enseignement supérieur français qui est l’un des plus démocratiques dans le monde (même si il est encore imparfait).

Ces nouveaux outils sont nombreux et cela mérite quelques explications.

  • le PRES : Pôle Recherche et Enseignement Supérieur

A la base, rien de dramatique : un outil pour améliorer la coopération entre les chercheurs de plusieurs universités. Mais il n’y a aucune réglementation : des PRES se mettent à regrouper les « bonnes » universités en excluant les « mauvaises » comme Paris XIII ou Paris VIII.
Mais l’absence de cadrage national va plus loin : les PRES commencent à s’arroger des pouvoirs importants (rénovation de bâtiments par exemple). Le ministère laisse faire officiellement et encourage officieusement : il veut que les PRES deviennent un nouvel acteur. Ils auraient la responsabilité par exemple de la formation continue des enseignants ou de la négociation des contrats quadriennaux avec le ministère (dont dépend une grande partie du budget des universités).
Or il y a 2 problèmes principaux : d’abord ces PRES ne sont pas démocratiques car leurs CA réunissent les présidents des universités membres, aucun élu étudiant ou enseignant ne siège ce qui est scandaleux. De plus, certains PRES comme l’Université Lille Nord de France (Artois, Valenciennes, Littoral, Lille I, II, III et l’Institut Catholique de Lille), intègre des universités catholiques (ici l’ICL) qui pourraient, par l’intermédiaire du PRES, toucher l’argent du contrat quadriennal ce qui est inadmissible. Plus largement, les PRES orienteront les fonds vers les filières dites « d’excellence » et les universités « de prestige » aux dépends des autres filières (sans doute plus démocratique).

  • La fusion

La fusion des universités a été réalisée à Strasbourg et est en cours en Lorraine. Cela révèle une multitude de problèmes : une diminution de la démocratie étudiante (seulement 3 élus au CA sur 30 qui représentent une centaine de milliers d’étudiants), des problèmes territoriaux (des filières qui basculent d’une université à l’autre mais surtout d’une ville à l’autre), une volonté d' »économiser » les postes et surtout un repli facultaire. Le repli facultaire c’est le contraire du « décloisonnement » vanté par Pécresse ou de la pluridisciplinarité : les « doyens » (souvent mandarins) ont tous les pouvoirs et une large autonomie, les conseils centraux sont des simples chambres d`enregistrement.

  • Le Statut de Grand Établissement

En plus de cela, l’Université de Lorraine voudrait acquérir le statut de Grand Établissement. Cela lui permettrait d’abord de réduire la démocratie étudiante (pas de proportionnelle aux élections), de déléguer des pouvoirs du Président vers les « doyens » et surtout de sélectionner les étudiants à l’entrée!!!!
De plus l’université n’aura plus à offrir nécessairement des formations nationales (licences) mais pourra plus facilement n’offrir que des Diplômes Universitaires (DU) ce qui permettra d’augmenter les frais d’inscription car les DU sortent du cadrage national (comme on l’a vu à Paris-IX Dauphine par exemple).

Le cas de l’Université de Lorraine

 

L’Université de Lorraine réunira les universités de Nancy I, Nancy II et Metz ainsi que l`Institut National Polytechnique de Lorraine. Malgré la résistance de l’UNEF (invasions de CA), les statuts ont été adoptés dans ces universités. Le statut de Grand Établissement a été aussi demandé.

Comment lutter et quelles revendications?

Ce sujet, en apparence « technocratique », concerne TOUS les étudiants sans exception, c’est pourquoi il faudra être vigilant sur cette question et lutter jusqu’au bout.
A court terme, il faut dire NON à ces fusions néo-libérales! Il faut revendiquer le retour de l’État dans son rôle de régulateur dans l’enseignement supérieur grâce à des cadrages nationaux en terme de démocratie, de frais d’inscription, de formation, d’aménagement du territoire (garantir un enseignement supérieur de proximité) etc…

 

Tristan Haute

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Comments
4 Responses to “Comment détruire le service public d’enseignement supérieur ? Les nouveaux outils de la dérégulation universitaire”
  1. marc dit :

    Bonjour,

    Je travaille dans l’enseignement supérieur donc, tombant sur votre texte, je l’ai lu attentivement. Franchement, je ne comprends pas ce que vous voulez au-delà de la critique facile, permanente, et finalement assez déstructive.
    1. Vous trouvez formidable le système Français. Ok alors pourquoi vous passez votre temps à la flinguer, à la critiquer, à refuser toute évolution ? Il y a là une contraidction certaine qui peut effectivement aussi s’expliquer par l’absence de projets. Il est tellement plus facile de dire non, « tous ensemble contre », que de tenter de trouver des nouvelles voies qui conjugent comme à chaque fois l’ambition et le réalisme, ne serait-ce que financier.
    2. Démocratie, démocratie, OK formidable. Comment on fonctionne ? Comme un kibboutz ou un kholkoze ? Alors on fait une assemblée générale chaque semaine sur chaque sujet ? Vous critiquez la faiblesse de la reprsentation étudiante. Vous savez qu’elle existe mais que le sujet de la recherche, des relations avec l’international, des projets de recherche avec des entreprises ne sont pas ceux qui passionnent les militants, ceux qui mobilisent…soyez cohérents.
    3. Maintenant vous voulez le retour de l’Etat pour réguler…pourquoi pas des commissaires du peuple en charge des départements de science politique ou de biologie. Tous les pays ont compris que les nouveaux rapports au temps et à l’espace, simplement le fait que cela va plus vite et qu’on est en connection de travail (recherche, échanges universitaires) avec la planète oblige à simplifier les stuctures. Vous c’est simple : plus lourd, plus gros, plus lent…Oui tous ensemble tous ensemble au pôle emploi !

  2. Anonyme dit :

    Bonjour tous Je pense que le message prcdent mrite une rponse argumente: je ne rpondrai pas aux clichets diffuss franchement hilarants. En tant qu`admirateur de Staline(je me flagle devant son portrait et celui de Chavez tout les matins comme tout « bon » camarade du Parti de Gauche), je trouve jouissive l`ide de mettre des commissaires politiques dans les facs. Srieusement j`ai un projet qui est partag par une partie de la gauche: un enseignement suprieur laque, gratuit, dmocratique, public, unifi, non slectif et garantissant la ruisite de tous. Donc je trouve que le systme franais est l`un des plus aboutis mais que ses volutions rcentes soqt inacceptables et contraire mon projet(d`o la critique). D`abord les propositions: il y en a. Certains les trouvent irralistes: de l`argent on peut en trouver et se plier la mondialisation no-lilrale a c`est non! La dmocratie: rclamer la moiti des lus quand on reprsente 90% des usagers c`est pas rvolutionnaire. Et l`international et la recherche sont peut-tre pas des thmes mobilisateurs ou passionnants( nous de les rendre mobilisateurs si ncessaire), cela concerne indirectement ou directement tous les tudiants. Et on ne parle pas que de a en CA. Pour finir sur le retour de l`Etat, au contraire c`est un processus d`unification des diplmes et des droits tudiants mais aussi un cadrage des frais d`inscription et donc ce n`est pas l`installation e`une nouvelle bureaucratie( l`inverse des PRES). Quand au ple emploi, on risque tous de s`y retrouver avec la rforme des retraites donc je vois pas le problme!

  3. Tristan Haute dit :

    Tiens l`ordi me considre comme anonyme, bizarre. Dsol j`ai oubli de signer l`article.

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