Quand les organisations de jeunesse européennes de gauche se rencontrent…

Du 10 au 12 décembre se tenait à Berlin l’Assemblée Générale de l’ENDYL. Fondée à Copenhague le 8 mai 1994, cette structure indépendante réunit les organisations de jeunesse européennes appartenant à la gauche de gauche. Démocratie, libertés individuelles, solidarité, écologie politique, internationalisme constituent l’étendard de ce réseau militant.

Le Réseau Jeune du Parti de Gauche était invité à l’Assemblée Générale pour la première fois, et a immédiatement répondu présent. Une quinzaine d’autres organisations avaient pu, malgré les tempêtes de neige, effectuer le déplacement. Nous étions les seuls Français.

Ainsi, nous avons pu tisser ou raffermir des liens amicaux avec nos camarades, tous engagés dans une même lutte contre les néolibéralismes européens comme nationaux. Des divergences idéologiques firent naturellement jour, et furent l’objet de discussions et de débats passionnants.

L’ENDYL avait quatre motions à l’ordre du jour, qui visaient à donner un coup de fouet à l’organisation pour la remettre en ordre de bataille, afin qu’elle reprenne la place qui est la sienne – au premier rang des mouvements de jeunesses européens contre le cynisme libéral et la marchandisation du monde. Quatre grandes orientations de  lutte ont donc été décidées. Il faut souligner que malgré notre statut d’observateur, le Réseau Jeune avait une voix lors de tous les votes (exceptée naturellement l’élection du nouveau bureau).

Une première motion condamnant les mouvements fascistes européens fut fortement amendée, après un grand tour de table pour exposer l’état de l’extrême-droite dans chaque pays représenté. C’est à ce sujet que les plus forts désaccords naquirent, au niveau de l’analyse comme de la méthode de lutte. Le plan d’action adopté comprend la publication d’un livre collectif recoupant nos analyses des mouvements fascistes/fascisants dans nos pays respectifs, la tenue un week-end de meeting et de manifestation antifasciste de la jeunesse européenne, et l’élaboration d’une campagne européenne commune.

Les mouvements de jeunesse membres de l’ENDYL rejettent toute forme de privatisation de l’enseignement

En second lieu, nous nous sommes unanimement prononcés pour la motion concernant la question scolaire, en revendiquant un système d’éducation gratuit et laïque, dont le but soit le développement personnel, la solidarité et la culture pour elle-même, à l’aide d’une allocation d’autonomie pour tous les étudiants. Logiquement, les mouvements de jeunesse membres de l’ENDYL rejettent le processus de Bologne, toute forme de privatisation de l’enseignement, les limitations à la liberté de recherche, et dressent une critique sans concession de l’hégémonie culturelle et scientifique imposée par l’idéologie libérale en milieu universitaire. La flamme qui guide nos différentes organisations tient en une formule : un système d’instruction et d’éducation dans lequel le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous.

En tant qu’organisations de jeunesse, le système éducatif, de recherche et de formation est notre terrain de combat le plus proche, que nous connaissons le mieux pour le vivre au quotidien. L’ENDYL a donc donné trois rendez-vous aux organisations membres du réseau : chaque organisation devra écrire un article traitant des problématiques les plus brûlantes de son propre système scolaire, soulignant les atouts comme les reculs, afin d’éditer une brochure européenne sur la question, à distribuer dans les campus. L’objectif est de promouvoir l’internationalisme via la question étudiante. Puis, au printemps, nos camarades du Bloco de Esquerda monteront un meeting consacré aux luttes étudiantes, auquel le Réseau Jeune est invité. Enfin, une Assemblée Générale de l’ENDYL sera tenue après cela, afin d’étudier les perspectives ouvertes, de coordonner les luttes concrètes et directes, et pour ne pas sombrer dans l’écueil souligné par Jean Jaurès : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent. » Nous dissertons, mais pour unifier in fine nos actions.

Des questions strictement organisationnelles ont été ensuite abordées, concernant la remise à neuf de la page internet et de la communication de l’ENDYL, qui se fera plate-forme des différents mouvements de jeunesse, reproduisant chaque communiqué national pour l’ensemble des militants européens. La nécessité d’ouvrir l’ENDYL à toutes les gauches de gauche, c’est-à-dire le succès de la recette Front de Gauche, a été unanimement considérée comme la politique la plus sensée. Cela permet de souligner l’intérêt porté par nos camarades pour l’expérience française du Front de Gauche, à la fois de la part de pays disposant d’ores et déjà d’une structure politique comparable (Portugal, Allemagne…) que d’autres pays où les militants peinent à réaliser ce même travail d’union des gauches. Chaque délégation nous a félicité pour cette réussite, nous souhaitant de porter à son apogée le mouvement de révolution citoyenne… « L’exemple français nous a sorti de notre torpeur, nous n’avons plus envie de baisser les bras » me confia un délégué durant la pause café.

Enfin, le dernier sujet, central pour nous, fut la tenue du G8 à Nice, au printemps prochain. Le Réseau Jeune fut logiquement au centre des discussions, comme seule organisation française. Pour faciliter la coordination des luttes et l’organisation du contre-sommet, un groupe de travail fut mis en place, composé de cinq membres. Un du Bloco de Esquerda (Portugal), un de la Linksjugend (Allemagne), un du SUF (Danemark) et une du VANU (Finlande). Le Réseau Jeune y tient le rôle de coordinateur. Le plan d’action provisoire comprend la création d’un village alternatif avec les autres partis politiques et associations mobilisés, comprenant des forums et toutes les formes possibles de contre-culture. En outre, nous souhaitons organiser « un jour contre le G8 » partout en Europe, via la tenue de séminaires dans chaque capitale, des stands dans la rue, un tract commun et de l’éducation populaire sous toutes ses formes. Il est fondamental pour le Parti de Gauche de s’investir dans ce contre-sommet, afin de lui offrir le réel débouché politique qu’il mérite, de fédérer sous le drapeau de la paix et de la justice internationale toute la gauche européenne.

C’est donc en plein accord avec les orientations politiques, et d’ores et déjà investi dans les actions de l’ENDYL, que le Réseau Jeune effectuera pour la prochaine Assemblée Générale sa demande d’adhésion à part entière.

« L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil » disait Pierre Bourdieu. Nous, jeunesses européennes, avons le devoir de chercher la vérité, penser l’alternative et la porter avec fougue aux côtés de nos camarades, auprès des peuples d’Europe.

Hadrien Clouet

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Comments
3 Responses to “Quand les organisations de jeunesse européennes de gauche se rencontrent…”
  1. Tristan dit :

    Merci beaucoup pour ce CR trs instructif. L`internationalisme via la question tudiante est une ide excellente: la brochure sera trs utile de nombreux tudiants que ce soit pour les ERASMUS ou pour ceux qui sont confronts des madarins qui invoquent tel ou tel modle en icne. Sur l`extrme-droite c`est aussi une excellente ide de faire une brochure. Par contre c`tait quoi exactement les divergences. Ma seul crainte est que ce genre d`initiative ne touche que le milieu militant mais c`est nous de faire en sorte que a touche bien plus de monde.

    • Hadrien Clouet dit :

      Cher camarade,
      Les divergences touchaient plusieurs questions telles que :
      1 – l’Union Soviétique et les « démocraties populaires » (dont le rôle, la mémoire et l’histoire sont l’objet de débats internes très vifs dans les partis membres est-européens, notamment Moldavie, Pologne ou Macédoine… voire même parfois dans Die Linke).
      2 – Les questions stratégiques, vis-à-vis de la méthode du Front de Gauche, certaines organisations se positionnent idéologiquement dans une perspective « avant-gardiste » et de pureté révolutionnaire leur interdisant toute alliance (« désaccords insumontables » avec les trotskystes, les communistes ou autre).
      3 – La question du « fascisme », l’utilisation (à mon avis galvaudée) du terme, et son application dans certaines organisations aux partis politiques centristes… Un grand débat qui nous occupa longtemps : devions-nous inscrire dans notre plate-forme que nous militions pour l’interdiction des partis d’extrême-droite ? (rejeté à une voix d’écart).
      4 – La question de l’indépendance vis-à-vis du parti-mère.
      5 – La question de « l’intégration », assimilée après un débat très long et houleux à de l »assimilation forcée » (contre ma voix).
      6- Les autres questions de fond liées aux particularismes nationaux : le mouvement pro-israélien (BAK Shalom) dans le parti allemand Die Linke (minoritaire mais significatif) ; la question cléricale (modalités de laïcité ou anticléricalisme) ; le silence du Sinn Fein irlandais sur le droit à l’avortement…
      Pour toute autre question ou quoique ce soit, n’hésite(z) pas à m’envoyer un mail si nécessaire (sauf pour du fond comme là, où c’est préférable que tous les camarades le lisent) : hadrien.clouet@sciences-po.org

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