L’immigration, aubaine ou fardeau économique pour la France ?

La question de l’immigration¹ est trop souvent évoquée par le biais de clichés et de stéréotypes. Pourtant des études récentes tendent à nous montrer des réalités  qui vont à l’encontre de la surmédiatisée doxa anti-immigrés selon laquelle l’étranger serait un fardeau économique pour l’Etat et les Français. Leurs résultats vont à l’encontre des chiffres généralement mis en avant, comme ceux de l’étude de Jean-Paul Gourévitch qui en 2008, a fait grand bruit tant ses conclusions sont alarmistes : il y ait fait mention d’un solde négatif de plus de 26 milliards pour le contribuable français du fait de l’immigration. Des résultats qui, chez certains, ont fait ressurgir le spectre de la déferlante d’immigrés affamés et affamants venant se jeter sur le France et les Français .

« Moins d’immigration c’est à la fois moins de dépenses sociales mais c’est aussi et surtout moins de cotisants »

Selon un rapport² conduit par le professeur X. Chojnicki et remis en Juillet 2010 au Ministère des Affaires sociales, le poids de l’immigration sur les finances publiques est à reconsidérer: alors qu’ils reçoivent de l’état 47,9 milliards d’euros par an (allocations, chômage, santé…), les immigrés lui reversent 60,3 milliards (impôts locaux, cotisations, taxe sur la consommation…), soit une balance positive pour l’Etat Français, avec un apport de 12 milliards d‘euros. Contrairement à ce que veut nous faire croire le Front National, les immigrés ne participent pas au creusement de la dette et ne viennent pas voler le pain des Français. Bien au contraire, ils participent au financement de la protection sociale et donc au paiement de nos retraites.  Ironie de l’histoire, c’est le poids des expulsions qui est notamment montré du doigt par la Commission des Finances du Sénat: 21000 euros par expulsion (12000 selon le gouvernement) soit 609 millions d’euros en 2009, tel est le prix de la politique anti immigration du gouvernement.

Bien que localement (ZUS…) l’équilibre soit parfois largement déficitaire pour l’Etat, il est important selon X. Chojnicki de prendre du recul sur ces situations complexes qui cachent une réalité globale bien différente: « moins d’immigration c’est à la fois moins de dépenses sociales mais c’est aussi et surtout moins de cotisants ». Ces travailleurs sont donc une aubaine pour la France pour faire face au vieillissement de la population et à la pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs (BTP…). Il semble aujourd’hui que près de 90% des autoroutes sont construites et entretenues par de la main d’œuvre étrangère.

Par ailleurs, les immigrés ne sont pas tous clandestins ou non qualifiés, il y a aussi des entrepreneurs, artisans qui soutiennent pleinement l’économie. Comme l’affirme le magazine Capital³ dans un dossier consacré au coût de l’immigration, le secteur médical français tire profit des compétences des immigrés : dans certains hôpitaux, des « services tournent avec 50% de médecins étrangers ». Dans certaines communes rurales, véritables déserts médicaux, il n’est plus rare de voir les maires faire appel à des généralistes étrangers (roumains notamment). Le rapport remis par le laboratoire «l’Equippe» (Université de Lille) du professeur Xavier Chojnicki au Ministère des Affaires sociales en juillet 2010 concluait que «les immigrés sont une excellente affaire pour l’État français. Ils rapportent une grosse douzaine de millions par an et paient nos retraites».


Les sans papiers sont des forces de travail vulnérables

Cependant, la situation est loin d’être à l’avantage des travailleurs sans papiers. L’anthropologue E. Terray à mis en avant le concept de délocalisation sur place: selon lui, les sans papiers sont des forces de travail vulnérables (privés de protection sociale et d’allocations) et non revendicatifs quant à leur condition de travail car expulsables à tout moment : ceci se caractérise lorsqu’ils rencontrent des employeurs peu scrupuleux, aveuglés par les exonérations de charges patronales dont ils vont bénéficier, par des conditions de travail semblables au pays du tiers-monde dont beaucoup sont issus. Aucun immigré ne fait le choix de quitter son pays pour devenir chômeur ou être exploité en France et vivre dans un ghetto (migrer est un calcul qui parfois peut couter cher). L’Etat qui ne reconnait pas ces individus est en partie responsable de cette situation: c’est ce que dénonce la Commission nationale consultative des droits de l’homme dans un rapport. Selon elle, la priorité ne doit pas être donnée à la chasse aux sans-papiers mais à leur régularisation, afin de leur permettre de faire respecter leurs droits (faire évoluer le rapport de force avec l’employeur…) et donc de lutter contre l‘exploitation. Le CNCDH rappelle par ailleurs qu’il est important de « réfléchir au lien qui existe entre la traite et l’exploitation, les politiques migratoires et la régulation du marché du travail ». Ce sont les immigrés qui payent le prix de cette situation et non les autochtones. Au niveau international, « une immigration, bien préparée et bien gérée, permet de lutter efficacement contre la pauvreté », selon une étude publiée par la Banque Mondiale. Par ailleurs, le rapport 2006 de cette dernière sur le financement du développement dans le monde stipule que l’argent envoyé en 2004 par les travailleurs migrants, dont les sans-papiers, vers les pays d’origine est estimé à 161 milliards de dollars. Ce chiffre représente plus du double de l’aide publique au développement accordés par les gouvernements. Il laisse à réfléchir sur la part de responsabilité que les pays du Nord doivent prendre à leur compte.

Matthieu Lépine

¹Article en lien avec celui paru dans le Gavroche n°9

² Relayé notamment par le Courrier International : http://www.courrierinternational.com/article/2010/12/02/les-tres-bons-comptes-de-l-immigration

³http://www.capital.fr/enquetes/dossiers/le-vrai-bilan-economique-de-l-immigration-554216

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Comments
One Response to “L’immigration, aubaine ou fardeau économique pour la France ?”
  1. Droit de réponse de Jean-Paul Gourévitch :

    Cher Mathieu Lépine
    Je ne peux souscrire aux conclusions que vous me prêtez sur l’immigration ne serait-ce que parce que votre information me concernant n’est pas actualisée. Le déficit annuel dépenses-recettes de l’immigration (cf la monographie de Contribuables Associés sur « le coût de la politique migratoire de la France » publiée en mars 2010 téléchargeable gratuirement sur http://www.contribuables.org) est de 30,4 milliards d’euros et les investissements en faveur de l’immigration et de l’intégration (10 milliards d’euros) sont à peu près compensés par la plus value pour le PIB du travail des immigrés et des transferts de fonds opérés vers les pays d’origine.
    Quant à l’article sur Chojnicki, je me demande si vous avez lu les quelques 200 pages du rapport ou si vous vous contentez de répéter ce que disent des journalistes qui ne l’ont pas lu. Je vous accorde que les formules économétriques utilisées sont difficiles à comprendre pour un polytechnicien moyen mais l’article comme vous l’avez vu et comme le professeur Chojnicki le souligne lui-même dans la lettre qu’il m’a adressée, doit être utilisé avec d’infinies précautions car il ne porte pas sur le coût de l’immigration mais sur celui de la protection sociale qui n’en est qu’une toute petite partie puisqu’il néglige les coûts sociétaux, les coûts sécuritaires, ceux des migrations irrégulières…et la plus-value apportée par les immigrés au PIB. Vous trouverez une comparaison entre mes chiffres et les siens sur le site http://www.herodote.net à laquelle vous pouvez vous référer.
    Bien entendu je ne vous reproche pas votre engagement, mais il est important quand on traite une question aussi complexe (vous l’avez admis vous-même) de contrôler ses informations avant de les livrer à un public qui n’est peut-être pas toujours informé techniquement de la difficulté de telles évaluations et des méthodologies adoptées par les chercheurs qui y travaillent. Bien à vous. JPG

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