Carrefour condamné pour son Smic light

Chaque début de semaine, un article coup de cœur trouvé sur le net. Cette semaine, Le Gavroche vous présente un article de Emmanuel Lévy, paru sur Marianne 2 : Carrefour condamné pour son Smic light.

L’affaire qui oppose Carrefour à 429 de ses salariés, illustre la une que Marianne consacre à la précarisation du salariat. Le géant de la distribution a été condamné pour avoir payé ses salariés sous le Smic. Ce n’est pourtant que la partie émergée: en France, 6,25 millions de salariés carburent à moins de 750 euros net.

Neuf euros brut de l’heure. En France, théoriquement, un salarié ne peut être rémunéré en deçà de ce salaire minium interprofessionnel de croissance, plus connu sous son acronyme, le SMIC. Et c’est déjà trop pour certains employeurs qui n’hésitent pas faire usage de toutes les martingales possible pour réduire la valeur du travail.

Carrefour s’est ainsi fait taper sur les doigts par la plus haute juridiction pour avoir inclus les temps de pause dans le calcul. Saisie par la CGT et la CFDT, la Cour de cassation du Rhône a fait droit, mardi 15 février, aux demandes des deux syndicats au terme d’une procédure initiée en 2004; 429 salariés de deux magasins du département, à Givors et Ecully, pourront ainsi faire valoir leur droit à un rappel de salaires, qui flirte avec le millier d’euros.

De fait, ce sont des dizaines d’autres actions intentées aux prud’hommes et devant les tribunaux qui vont être impactées. «Cet arrêt donne le « la » à tous les contentieux en cours», s’est félicité Me François Dumoulin, l’avocat de la CGT, auprès de l’AFP. Rien que pour Carrefour, 30 000 employés pourraient à leur tour bénéficier de cette jurisprudence. Mais Carrefour n’est que la partie émergée de la généralisation d’un salariat précarisé, et dont Marianne fait sa une cette semaine.
Temps partiels imposés ou petits boulots, ces postes de faible qualité mal rémunérés sont devenus le gagne pain quotidien pour des millions de salariés, 6,25 millions précisément. En 2008, comme le note une récente étude de l’Insee, un quart des 25 millions de salariés boulonnent pour un salaire au lance-pierre, moins de 750 euros net, loin du Smic d’alors 1025 euros net pour un travail à temps complet de 151,67 heures. Pire, lorsque l’on regarde le montant moyen qui figure au bas des fiches de paie de ces 6 millions de travailleurs, les 750 euros apparaissent comme du luxe. En moyenne, en 2008, ce lumpenprolétariat touchait 310 € net par mois, même pas le RSA. Et ce n’est que grâce aux transferts sociaux (assurance chômage, RSA, …) que la marmite peut bouillir.
Assistent-on à une prise de conscience des limites du système d’optimisation qui a prospéré, assurant de confortables dividendes pour les actionnaires et de super bonus pour les managers ? Dans les deux cas, c’est la justice qui s’est emparée de ces sujets. Elle qui a fait sauter les outrancières indemnités et retraites chapeaux de Daniel Bernard, l’ancien PDG de Carrefour justement ; c’est elle, encore, qui a récemment condamné Jean-Marie Messier à trois ans de prison avec sursis pour sa gestion du groupe, alors que le parquet réclamait une relaxe, privant au passage J6M de toutes activités bancaires ou d’administrateur, la peine la plus dure pour lui ; elle, enfin, qui vient de mettre fin à cette minable martingale de Carrefour.

En attendant, le Cac40 affiche cette année encore le plein de bénéfice, avec mention spéciale pour les banques, tandis que les grands patrons français carburent à près de 1 million d’euros, comme si la crise était derrière eux, un mauvais souvenir. Pour eux peut-être. Pas pour les 150 000 chômeurs officiels supplémentaires en 2010. Ni pour les contribuables. Si aucune réforme fiscale d’envergure ne s’impose, ils verront la facture de la crise financière grever pour longtemps leur pouvoir d’achat. Les quelques euros grappillés par les salariés de Carrefour, et les autres, n’y suffiront pas…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Pour être informé des dernières publications

    Rejoignez 66 autres abonnés

  • Archives

%d blogueurs aiment cette page :