Mais c’est un homme !

Mardi 1er février s’est tenu une réunion publique du collectif Mais c’est un Homme, qui s’oppose à un projet de loi visant à limiter les droits des patients en hôpital psychiatrique et, dans un contexte plus général, aux mesures sécuritaires du gouvernement actuel. Tour d’horizon d’une problématique peu connue.

Loi LOPPSI* 2 et criminalisation des jeunes, des internautes, des mal logés.

Rapport Bockel et criminalisation des parents.

Loi Besson et criminalisation des sans-papiers, des étrangers.

Contrôle de la Justice par l’État, surveillance et fichage des populations.

Une loi sécuritaire, si elle n’est pas la meilleure solution, c’est peut-être mieux que rien ? Non, c’est bien pire ! Actuellement, le véritable danger ne vient pas des pédophiles, des assassins, des jeunes délinquants ou des étrangers, mais bien de nos dirigeants réactionnaires.

D’ailleurs, toutes les atteintes à la personne humaine ne sont pas combattues également: comme l’a expliqué une intervenante ex-médecin du travail, le développement des méthodes de management inhumaines est allé de pair avec le recul progressif du pouvoir du médecin du travail et la suppression de tout dialogue avec le salarié.

Toutes ces lois remettent clairement en cause les trois principes de la devise républicaine: la liberté, l’égalité et la fraternité.

Cette fois, le gouvernement s’attaque à une nouvelle population : les malades psychiatriques. Identifier les fous à des criminels, c’est tellement facile ! Certes, c’est loin d’être nouveau; le discours selon lequel « les Droits de l’Homme sont contradictoires avec les soins en psychiatrie » ne date pas d’aujourd’hui.

Mais avec le Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge , les revendications des professionnels du secteur et des associations d’usagers sont largement bafouées. Ce qui posait déjà problème depuis la loi de 1838 et sa modification en 1990 est empiré.

Ainsi, les soins sous contraintes, et non plus seulement l’hospitalisation, deviennent la norme. Ils peuvent être effectués sur demande d’un tiers, qui n’ont plus la possibilité de lever la contrainte, ou par simple arrêté préfectoral (« d’office »). Un seul certificat médical est exigé au lieu de deux auparavant. En fin de compte, la restriction des libertés individuelles, parfois nécessaire, n’est toujours pas évaluée par un juge, mais décidée arbitrairement par les autorités administratives. Ce refus de toute judiciarisation va à l’encontre des droits des patients qui n’ont presque aucun recours possible et qui sont dans l’incapacité d’avoir accès à un avocat. Cela inquiète d’autant plus que la contrainte, en psychiatrie, ne peut mener à un soin réussi. La limitation des libertés et l’enfermement ne s’arrête pas là: le début de la prise en charge en soins sans-consentement se traduirait par 72 premières heures durant lesquelles tout traitement contraint serait autorisé. Le contrôle des patients est également renforcé, aussi bien à l’intérieur de l’hôpital qu’après leurs sorties provisoires, elles-mêmes limitées.

Les soins peuvent également être contraints à domicile.

Source : http://www.collectifpsychiatrie.fr

De même, la création d’unités spécialisées, au sein de ces hôpitaux, destinées aux prisonniers souffrant de troubles psychiatriques, légitime l’enfermement des individus qui sont avant tout malades. Cela introduit la prison dans l’hôpital et donne aux personnels d’hôpitaux le rôle d’enfermer et de réprimer, qui n’est en aucun cas le leur.

Tout repose alors sur l’éthique du psychiatre tout-puissant. Même s’il peut essayer de limiter les effets de certaines mesures, les moyens de pression sont multiples. Par exemple, depuis la loi HPST**, le directeur d’hôpital détient un pouvoir très important. De même, les médecins peuvent désormais être embauchés sous le statut précaire de « clinicien hospitalier », une part de la rémunération étant liée à la réalisation d’objectifs !

Le projet de loi prévoit également l’accentuation du fichage des pratiques et surtout des personnes. C’est déjà le cas dans les Centres Medico Psychologiques (CMP). Cela nous concerne tous : au cours de sa vie, 1 personne sur 2 s’y rend. Jusqu’à récemment, de simples informations archivées sur papier étaient demandées. Aujourd’hui, une multitude d’informations administratives et médicales doivent être renseignées et sont informatisées. Celles-ci peuvent être envoyées à des instances, sans compter le risque que représenterait un piratage. De façon général, le fichage limite surtout la confidentialité et la confiance entre le soignant et le soigné, ce qui atténue l’intérêt du suivi psychologique dans le cas où le soigné ose moins se confier. La fiche, c’est également une étiquette, une stigmatisation de l’individu qui, là encore, s’enferme dans la représentation qu’on a de lui.

Source : http://www.ldh-toulon.net

Les professionnels et associations d’usagers s’inquiètent aussi de l’industrialisation des soins, encouragée par le gouvernement. A l’opposé d’un soin psychiatrique artisanal, qui porte un intérêt à chaque cas particulier, et où le professionnel apprend par l’expérience, le soin industriel se traduit par l’objectif de la baisse des coûts, la mise en place de soins standardisés qui apportent les meilleurs résultats (financiers si possible), la médicamentation, la politique du chiffre et la surveillance sous-prétexte de la recherche du « risque zéro ». A chaque problème, une solution unique : c’est la « performance ». Il est évident que cela va à l’encontre du véritable suivi psychologique et du contact humain, pourtant indispensables.

Au-delà de la psychiatrie, c’est tout le secteur de la santé et du travail social qui est mis en danger par une succession de textes qui remettent en cause la qualité de ces services publics par la baisse des moyens, l’intégration de nouvelles pratiques managériales et, de plus en plus souvent, la surveillance, la répression et la stigmatisation de personnes en difficulté.

Dans ce monde de « chacun pour soi », parler est parfois risqué, se taire c’est accepter. Mais collectivement, face à la remise en cause de tout ce qui nous fait Etre Humain, mais aussi face au démantèlement de ce qui nous unit, la résistance doit être engagée. C’est le choix opéré par Mais c’est un Homme.

* Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure

** Loi Hôpitaux Patients Santé Territoire

Pour signer l’appel du collectif : http://www.maiscestunhomme.org/. Pour en savoir plus sur le fichage des malades mentaux : http://delis.smra.free.fr/ + http://www.collectifpsychiatrie.fr

Pablo Vieira
Parti de Gauche Lille, Référent Réseau Jeunes

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