Le paysage politique irlandais entre mouvement et incompréhension

Dans la catégorie « la presse généraliste fait n’importe quoi », je demande les élections irlandaises et… BONNE PIOCHE! Ce n’est pas aussi drôle que la confusion Bucarest/Budapest au moment des élections en Hongrie mais cela mérite néanmoins un article. Apparemment la presse française n’a pas vraiment compris que la politique comparée n’est pas si simple que ça.

L’Irlande c’est un système électoral étonnant mais aussi un paysage politique atypique. Cet article a pour but, sans prétention à l’exhaustivité et à l’objectivité totale, de faire un rapide tour d’horizon des partis.

Commençons par le mode de scrutin : ce système complexe est loin d’être inintelligent. C’est un système de votes préférentiels dit « transférables » où l’électeur classe les candidats selon ses préférences. Dépouiller nécessite parfois sept décomptes ou plus d’où le retard des résultats. Le reproche principal que l’on peut faire à ce système est simple : une machine à faire du consensus ou plutôt à faire élire des centristes. En d’autres termes, le rêve de Bayrou ou DSK !

D’abord il y a un mythe qu’il faut casser quand on étudie ce système : la nécessité d’un clivage fort entre les 2 principaux partis irlandais. Ce n’est pas parce que le parti au gouvernement(le Fianna Fail) est de centre-droit que le principal parti d’opposition(le Fine Gael) n’est pas aussi de centre-droit. Par exemple, alors que le FF est membre, au niveau européen, de l’ELDR (European Liberlals, Democrats and Reformers : droite-centre), le FG est membre du PPE(Parti Populaire Européen : droite) : le classer au centre-gauche est donc une ineptie.

La coalition au pouvoir s’effondre

Le Fianna Fail s’effondre à 17%, son pire score de l’histoire. Sa gestion de la crise ayant été catastrophique, la sanction est logique. Les Verts, anciens alliés du Fianna Fail, se sont clairement compromis et n’ont plus aucune valeur de gauche. Le résultat est simple : l’extermination. Avec moins de 2% des voix (contre 5% en 2007) ils ne sauveraient aucun de leurs 6 sièges. La raison principale de la déroute : la coalition sortante s’est courbée devant les conditions d’austérité du FMI et de l`UE en refusant de toucher… aux impôts sur les sociétés. A cela s’ajoutent les divisions au sein du Fianna Fail et les « affaires » de liens politico-financiers.

Le triomphe du centre

Le Fine Gael, quant à lui, a joué au DSK : la gestion du gouvernement a été calamiteuse mais on aurait fait presque pareil. Au lieu de se battre pour la liberté, le Fine Gael propose de négocier le poids des chaînes avec les maîtres et aussi le nombre de coups de fouet, ou plutôt l’endroit où on les fait. Il refuse toujours d’augmenter les impôts et promet des coupes sèches dans le budget. Si c’est ça le centre-gauche, alors nous resterons esclaves ad vitam eternam ! Mais sa stratégie est électoralement payante: avec 36%, il est parvenu à siphonner le Fianna Fail.

A « gauche », le Labour incarne l’aile social-démocrate. Extrêmement ambiguë sur les solutions face à la crise, il n’a pas su tirer son épingle du jeu et profiter de la crise économique et politique. Il n’a pas choisi entre le « réalisme pragmatique » du Fine Gael et ses valeurs de gauche. Au final, il se retrouve à 20%, un bon score, devant le Fianna Fail, mais bien loin derrière le Fine Gael et surtout il est débordé sur sa gauche.

C’est une coalition de ces 2 partis qui devraient gouverner le pays.

La percée de la (vraie) gauche

La « gauche de la gauche » est divisée électoralement, mais d’accord idéologiquement : non au FMI, non à l`UE, non à l’austérité, faisons payer LES RESPONSABLES de la crise et pas le peuple !

Au niveau électoral les nationalistes du Sinn Fein surfent à la fois sur la crise et sur le retour au pays de Gerry Adams, leader historique des nationalistes en Ulster. Le résultat est très satisfaisant : 9,9% et 13 sièges, le meilleur score du Sinn Fein. Mais ce qui est critiqué c’est la proximité du parti avec le catholicisme : le refus du Sinn Fein de s’affirmer en faveur de l`IVG a créé des tensions avec ses camarades européens de la GUE(1).

Terminons avec l’Alliance de la Gauche Unie (ULA) qui fédère la gauche radicale et notamment les trotskystes du Socialist Party dont l’eurodéputé, Joe Higgins, siège aussi à la GUE. Avec une campagne centrée sur le refus de l’austérité et une dynamique unitaire, le score de 2,7%, qui nous semble modeste en France, est une véritable percée électorale. L’ULA fait élire 5 de ses membres au Parlement(aucun aujourd’hui) : une vraie opposition face à l’austérité. Et le comble est que, vu ce résultat, les leaders de l’ULA commencent à envisager la pérennité de ce mouvement. Peut-être le seul point positif dans ces élections !

 

(1) Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique(GUE/NGL), groupe confédéral de la gauche au Parlement européen, le Sinn Fein n’y possède pas d’eurodéputé pour l’Irlande mais pour l’Irlande du Nord (délégation du Royaume-Uni), le parti, ainsi que son organisation de jeunesse, participent activement aux travaux du groupe

Tristan Haute

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