Sortie des colles: Élections, les femmes invisibles

Le mercredi, c’est le jour des enfants. Et comme les femmes ne s’occupe plus uniquement de leurs enfants, le mercredi, elles ont le temps de venir écrire leurs colères et leurs revendications sur le site du Gavroche.

Après « où est Charlie? », les dernières élections cantonales ont permis de ressortir des cartons un autre jeu, particulièrement prisé après chaque échéance électorale: « où sont les femmes[1]? ». Les règles du jeu sont simples: compter le nombre de conseillères générales (280), établir un pourcentage sur le nombre total de conseillers (13,8%), verser quelques larmes de crocodile, et c’est fini. Parfois, on rappelle que 95% des conseils généraux sont présidés par des hommes, et que trois d’entre eux sont cent pour cent masculin. Encore faut-il que cette question soit abordée pendant les soirées électorales – sur des plateaux de télévision aux trois quarts masculin la plupart du temps. Le plus souvent, la question de la parité ne mérite qu’un petit encart au milieu des commentaires, dans les journaux du lundi. Et pourtant, au-delà de nos revendications traditionnelles de participation du « deuxième sexe » à la vie politique, c’est toute notre conception de la démocratie qui est en jeu dans ce non-respect flagrant de la parité.

Avoir une légitimité politique et participer au gouvernement de la chose publique (res publica), au même titre que les hommes: cette revendication est sans doute une redite. Oui, nous avons déjà le droit de vote. Oui, la parité est inscrite dans la loi depuis 2000. Oui, il y a des femmes à l’Assemblée nationale et au Sénat – mais pas assez[2]. Oui, il y a déjà eu une femme première ministre – mais pas bien longtemps[3]. Le mode de scrutin – ce n’est pas nouveau – joue particulièrement sur cette proportion. Il y a donc 44,4% de députées européennes et 48% de conseillères régionales – deux élections se faisant par scrutin de liste. D’où l’excellente initiative du gouvernement de proposer, pour l’élection des futurs conseillers territoriaux (expression qui sera difficile à féminiser), le scrutin majoritaire. Car, quand le scrutin est majoritaire, « pas besoin d’être Jérémie pour deviner le sort qui nous est promis ». Les femmes candidates le sont dans des circonscriptions en positions inéligibles, ce qui explique notamment l’écart entre la proportion de femmes candidates et de femmes élues. Et la grammaire nous joue alors de drôles de tours: le féminin de candidat devient suppléante, celui d’élu devient rare.

Et pourtant, c’est toute notre conception de la démocratie qui se trouve ébréchée par ces lacunes de notre système politique. Comment peut-on prétendre que le Parlement est représentatif du peuple qui l’élit, face à une telle collection de costumes-cravates sur les bancs des palais Bourbon et du Luxembourg? Nous déplorons et nous dénonçons déjà la sur-représentation des classes supérieures – et donc la sous-représentation des classes populaires – dans les instances politiques qui ne sont pas à l’image des hommes et des femmes représenté-e-s. Mais comparer cette disproportion à la sous-représentation des femmes serait une erreur, car cela reviendrait à dire que les femmes sont une catégorie: non, nous sommes la moitié de l’Humanité! Et les outils politiques sont plus simples à mettre en œuvre: il faut imposer la parité dans les scrutins de liste, et imposer le scrutin de liste à toutes les élections (y compris et surtout législatives).

La volonté politique est nécessaire – mais pas suffisante – pour imposer l’égalité en politique. Il sera du devoir d’un gouvernement de Front de Gauche de mettre en œuvre cette égalité. Et le petit jeu « où sont les femmes? » auquel on joue après chaque élection sera beaucoup moins difficile.

Salomé d’Ulibe


[1] Toute ressemblance avec un titre de chanson des années 80 est tout à fait fortuite.

[2] Il y a 18,5 de députées (2007), et 21,9% de sénatrices (2008), selon les chiffres de l’Observatoire de la parité

[3] Le gouvernement d’Édith Cresson a duré 10 mois et 17 jours, entre mai 1991 et avril 1992

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