Le non islandais tourne à la démonstration publique de colère

Par Peter Geoghegan

Quelle direction prendre maintenant ? Les néolibéraux qui ont créés la bulle financière connaissent un nouvel essor, mais de nombreux Islandais veulent s’éloigner de la finance.

Avant même que le résultat final soit annoncé, le contenu de la réaction nationale et internationale au rejet de l’accord Icesave par l’opinion Islandaise était déjà on ne peut plus clair. « Nous devons faire tout notre possible pour éviter un chaos politique et économique suite à ce verdict » a déclaré le premier ministre Johanna Sigurdadottir hier matin. Au même moment, à la Trésorerie de Londres, Danny Alexander a mis en garde contre le fait que le gouvernement Britannique enverrait l’Islande devant la Cour internationale.

Selon toute vraisemblance, le gouvernement britannique récupérera finalement les 2,35 milliards de Livres perdues après ses dépôts sur les comptes de Icesave. Mais le rhétorique  « on se voit au tribunal » de Westminster n’a pas fini de faire parler à Reykjavik. De nombreux Islandais tiennent en effet le premier ministre britannique de l’époque, Gordon Brown, comme responsable de l’aggravation de la crise (ou kreppa comme on la désigne en Islande). En effet, celui-ci avait alors décidé d’utiliser des lois anti-terroriste dans le but de geler les avoir des banques Islandaises à l’automne 2008.

Malgré propos indiquant le contraire, la dette Islandaise due par Icesave est relativement faible – même pour un pays de 320 000 habitants. Une vente d’actifs appartenant à Landbanski, la banque qui a créée Icesave, permettra de fournir une grande partie de l’argent nécessaire pour rembourser les gouvernements britannique et néerlandais. En effet, plus tôt cette année, un rapport indépendant a estimé que le peuple islandais pourrait être redevable pour aussi peu que 125 Millions £ (ou autant que 1,5M£, une somme toujours faible par rapport à des dettes d’autres gouvernements)

La principale motivation derrière la victoire du « non » de samedi est la colère, pas l’économie. Icesave est devenu un symbole psychologique de l’effondrement de nombreux Islandais, un rappel viscéral de l’ampleur des pertes, mais aussi du rôle de la communauté internationale dans la « kreppa » . De nombreux Islandais restent fortement opposés, non sans raison, à ce que leur gouvernement soit tenu responsable des dettes des banques privées sur les marchés mondiaux.

La semaine dernière, un dessin, paru dans un des plus grands journaux du pays, Morgunbladid, montrait l’Islande comme un enfant dans une aire de jeux, roué de coup par trois grands garçons. Le nom des agresseurs : Standard, Poor et Moody – en référence aux agences de notation qui ont attribuées les notes de solvabilité des pays Européens.

Les opposants politiques les plus farouches aux accords d’Icesave ont été les voix très néolibérales, premiers responsables de l’effondrement économique de l’Islande. Le rédacteur en chef de Morgunbladid, qui a dérangé la campagne en faveur du non, n’est autre que l’ancien premier ministre et ex-chef de la banque centrale, David Oddsson. En tant que chef du parti de l’indépendance de droite, Oddsson, un acolyte de Milton Friedman, avait privatisé les banques nationales – avec des conséquences déstastreuses.

Lors du crash, la dette totale des trois banques Islandaises privatisées équivalait pratiquement à 10 fois le PIB du pays. La plupart des Islandais continuent de payer des dettes massives sur des maisons, des voitures, des diplômes universitaires et encore bien d’autres choses.

Pourtant, moins de deux ans et demi plus tard, le parti de l’indépendance de centre-droit connaît une résurrection. Battu aux élections générales de 2009 pour la première fois de son histoire, le parti est désormais crédité de 40% d’intention de vote, tandis que la coalition au pouvoir conduite par Johanna Sigurdardottir et composée de Sociaux-Démocrates et de représentants Gauche-Vert semble perdre du terrain.

Le dogme néolibéral qui a conduit l’Islande dans la plus grande tourmente planétaire n’a pas disparu, mais dans le même temps, de nombreux Islandais voudraient voir leur pays s’éloigner de la finance et de la fonte d’aluminium et devenir la première société entièrement durable. Et c’est certainement possible : l’Islande a accès à 1% du stock mondial de pêche, produit plus d’énergie par habitant que n’importe quel pays au monde et a une longue histoire d’auto-préservation.

Comme le premier anniversaire de l’éruption du volcan Eyjafjallajokull approche, la poussière commence enfin à retomber sur Icesave. Maintenant commence la bataille pour l’avenir social et politique de l’Islande.

L’article en version originale sur le site du Guardian.

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