De retour d’Espagne: le mouvement de la Puerta del Sol vu par un jeune du PG

Un jeune du PG de retour d’Espagne nous donne sa vision du mouvement des Indignados.

Pour vous donner une idée de ce qui se passe en Espagne, il y a de bons articles à lire sur le mouvement 15-M sur Mediapart, n’hésitez pas à y aller, et il y a aussi les émissions de Daniel Mermet  »Là-bas si j’y suis » sur France inter.

je peux vous faire part de ma vision très subjective de ce mouvement. Je ne vais pas m’attarder sur les informations déjà largement diffusées dans les médias (le fait que les participants en ont marre du bipartisme PSOE-PP, du système économique actuel et qu’ils n’arborent aucune couleur politique).

Je suis à Madrid depuis plus d’une semaine, et je participe assez régulièrement aux assemblées générales et à certaines réunions de deux groupes de travail (Education, Culture et Universités et Politique à long terme), mais je ne fais pas partie officiellement d’aucune commissions ni de l’organisation.

Première observation, la plupart des personnes mobilisées au sein du mouvement 15-M sont des jeunes, entre 18 et 35 ans, souvent des jeunes étudiants, universitaires sans travail et victimes de la crise économique, mais il y a également, et de plus en plus, des personnes âgées (qui se plaignent de l’insuffisance des pensions) et des quadra et quincagénaires (fonctionnaires, professeurs, etc, indignés de la politique néolibérale, des baisses de salaires, préoccupés pour leurs enfants etc).

Je constate avec plaisir que les femmes occupent une place primordiale dans l’organisation et la conduite du mouvement 15-M, je dirais qu’elles sont majoritaires dans la plupart des groupes de travail, sauf peut-être dans le groupe Politique à long terme. D’ailleurs, elles ont imposées dès le départ l’utilisation d’une langage inclusif (c’est-à-dire neutre sur le plan du genre, par exemple favoriser l’emploi du mot personne plutôt que celui d’individu, ou dire  »tous et toutes » (todos y todas). Un vent de féminisme souffle sur le campement !

En général, les minorités occupent une place importante dans le mouvement 15-M de Madrid, il existe une commission Migration où des migrants (en situation régulière ou irrégulière) viennent témoigner de leurs expériences et élaborer des propositions en matière de politique migratoire. Il existe une commission féminisme, avec une représentation importante des  »sexualités alternatives » comme ils disent (homosexuels, transsexuels, etc.). Il existe aussi un groupe de travail  »Diversité fonctionnelle » qui concerne à la fois les personnes handicapées et les personnes âgées, mais je n’ai pas pu y assister.

Dans les assemblées générales, c’est la technique du consensus général qui a été adoptée pour décider de l’adoption ou du rejet des propositions, c’est-à-dire que la proposition (élaborée par un groupe de travail) doit être approuvée par tous les participants de l’assemblée.

La proposition est lue en assemblée générale, puis elle peut être amendée par un membre de l’assistance. S’il y a quelqu’un contre la proposition, il s’exprime et argumente devant tout le monde sa position, puis il y a de nouveau un appel (est ce que vous êtes tous d’accord ? Y a t-il quelqu’un contre ?) , et si la même personne est toujours contre la proposition, alors la proposition est modifiée, pour qu’elle fasse consensus, et si la personne s’oppose toujours, alors la proposition revient au groupe de travail. Cette technique ne me paraît pas adéquate du tout, puisqu’elle revient à considérer qu’une seule voix, expression d’un intérêt particulier, équivaut aux 4560 autres voix de l’assemblée, expression d’un intérêt collectif. Cela revient finalement à nier l’existence de conflits d’intérêts irréductibles entre les membres d’une société. Je n’étais pas là lorsqu’ils ont adopté cette méthode du consensus général, il me semble qu’ils l’ont adopté avec l’objectif de n’exclure aucun participant des assemblées, et avec l’idée qu’ils parviendraient tout de même à se mettre d’accord sur des points minimums qui font consensus. En réalité, après avoir assisté à plusieurs assemblées, j’ai la conviction que ce système du consensus total est voué à l’échec.

Par exemple, hier, l’assemblée générale devait se prononcer sur une proposition du groupe de travail Éducation et Culture : Pour une éducation publique, gratuite et laïque, avec interdiction du financement par l’État de l’enseignement privée, etc..), et cette proposition, qui faisait la quasi unanimité, n’a pas été adoptée après une heure et demi de débats parce qu’il y a avait une ou deux personnes opposées (sur 2000 personnes). J’ai l’impression que cette méthode du consensus général aboutit surtout à des propositions fades, très modérées, qui ne dérangent personne. Cette méthode finit par occulter les conflits d’intérêts, les conflits de classe, etc.

J’ai remarqué qu’il y a un certain nombre de personnes dans l’assistance qui commence à se lasser de la longueur des débats, de ce type de fonctionnement, qui n’aboutit pas.

La composition des assemblées générales du mouvement 15-M de la Puerta del Sol est très hétérogène. Un certain nombre de participants souhaitent avant tout l’adoption rapide (en une ou deux assemblées ) d’une plate forme commune, réduite à quelques points (la revendication d’une modification de la loi électorale (qui n’est pas proportionnelle, et désavantage les petits partis politiques), l’obligation de référendum, et une lutte contre le monopole de l’information, l’interdiction pour les hommes politiques condamnés par la justice pour fraudes ou abus de biens sociaux de se présenter à de nouvelles élections). Ceux qui adoptent ce point de vue sont le plus souvent les participants les plus modérés, mais également les gens qui sont peu habitués à dédier du temps à la mobilisation politique, qui pensent leurs propres mobilisations comme ponctuelles). Certains d’entre eux sont opposés à l’adoption de propositions visant à la modification du système économique, comme la nationalisation des banques ou à l’adoption d’une réforme fiscale profonde.

D’un autre côté, les militants les plus aguerris (et qui se proclament pour la plupart anticapitalistes) souhaitent construire un mouvement sur le long terme, et ne voient aucun problème à ce que les assemblées durent longtemps et se prolongent pendant plusieurs mois. Ces militants sont pour la plupart membres des groupes de travail Politique à long terme, Économie (elle même divisée en plusieurs sous groupes de travail, Emploi, Politique économique, etc.), et Environnement, ainsi que Éducation et Culture. Ces commissions élaborent des propositions qui sont clairement anti-libérales, elles proposent des mesures visant à nationaliser les banques, renationalisation d’anciens services publics, expropriation des multinationales, occupation des logements vides, réforme fiscale avec une imposition très lourde des plus gros patrimoines, etc.

Bref, la radicalité des propositions diffèrent selon les groupes de travail, et la composition des groupes de travail. Par exemple, la quasi totalité des membres du groupe de travail Politique à long terme se déclarent anti-capitalistes.

Du fait de l’hétérogénéité du mouvement, de nombreuses tensions naissent entre les différents groupes de travail et commissions, du fait de la teneur (soit considérée comme trop radicale, soit comme trop modérée) des propositions que fait l’un ou l’autre. Le mouvement du 15-M de Madrid se déclare en dehors de tout parti politique, en dehors de tout syndicat ou associations. Des accusations de rétention d’information ont été officiellement lancées en assemblée générale contre la commission de communication, qui apparemment refusait de communiquer sur internet les comptes-rendus des commissions dont la teneur était trop radicale.

Autre point à signaler : les assemblées, les groupes de travail, les commissions, fonctionnent de manière horizontale, et une proposition a été adoptée visant à ce qu’aucun leader n’émerge du mouvement. Pour ce faire, il a été décidé que la rotation des responsabilités de porte-parole (de commissions, de groupe de travail, etc.) soit obligatoire au bout de quelques jours.

Pour conclure, je dirais que ce mouvement m’a surpris par sa capacité à attirer des personnes auparavant peu militantes, et par son horizontalité. Les participants de tous âges (mais pas vraiment de toutes origines ethniques, car il y a une très grande majorité de  »blancs » de classe moyenne et éduquée, malgré la présence d’une commission migrants) échangent entre eux sur la politique, sans pour autant afficher d’étiquette politique, c’est assez extraordinaire à voir !

Pour moi, ce mouvement a déjà obtenu plusieurs victoires : Ce mouvement permet à une quantité assez importante de citoyens de côtoyer et d’estimer des personnes d’autres catégories sociales, ou d’autres générations (et par exemple, pour les personnes âgées, cela permet de rompre le cliché du jeune étudiant espagnol passif, qui ne pense qu’à faire la fête), et de se familiariser avec des thématiques auxquels ils n’étaient sans doute pas habitués (les questions économiques, les questions des minorités (migrants, diversité sexuelle, personnes handicapées, etc…). IL permet également à des personnes marginalisées (personnes handicapées, migrants, etc…), par la prise de parole en public ou par la participation en assemblée, d’acquérir de facto une citoyenneté qui leur était souvent déniée jusqu’alors.

Bref, je considère que c’est une expérience très enrichissante pour tous ceux qui y participent, et j’espère que cela pourra permettre des changements politiques et économiques à long terme, si le mouvement parvient à se structurer dans la longue durée.

Mais j’avoue que j’ai quelques doutes sur l’avenir du mouvement 15-M de Madrid, du fait de la méthode du consensus total, qui aboutit à l’adoption de revendications très modérées (ou à l’absence de revendications), et du fait de la lassitude qui commence à naître chez certains participants devant la lourdeur organisationnelle et le manque d’aboutissement du mouvement.

Actuellement, les participants de la Campada Sol se questionnent s’ils doivent ou non quitter la Puerta del Sol, puisqu’ils sont violemment attaqués par les médias de communication, et par certains chefs d’entreprises, de nuire au commerce local. Et comme ce mouvement 15-M se veut  »sage » et  »modéré », une partie d’entre eux souhaitent lever le camp et transférer les assemblées aux quartiers. Hier, dans tous les quartiers de Madrid ont eu lieu des assemblées, rassemblant dans chaque quartier environ 300 à 400 personnes. Grand succès au niveau de la mobilisation citoyenne, il reste juste à savoir si les habitants des quartiers vont réellement se saisir de cette opportunité, s’organiser et élaborer des revendications suffisamment radicales pour transformer la société espagnole, ou tout du moins pour transformer la vie quotidienne dans les quartiers.

Pour ceux qui souhaitent consulter les comptes-rendus des groupes de travail du mouvement 15-M de Madrid, allez sur le site officiel http://actasmadrid.tomalaplaza.net/

Gildas

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Comments
One Response to “De retour d’Espagne: le mouvement de la Puerta del Sol vu par un jeune du PG”
  1. Jean dit :

    L’homosexualité n’est pas une « sexualité alternative ». Alternative par rapport à la norme ? Par rapport à quel critère ?

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